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So What? Le mag des cultures aleternatives
Clément Boghossian : Un artistre "Tenas" Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Julie Balestreri   
16-12-2009

En l’espace de quelques années, Clément Boghossian a su se faire une place de choix dans le monde de la création graphique. Sous le pseudonyme de Tenas, le parcours de ce Lyonnais de 28 ans respecte la règle d’or de la culture alternative qui l’a vu naitre : celle de ne pas suivre les critères conventionnels.
L’empreinte artistique de Clément Boghossian trouve son origine au début des années 90, alors qu’il grandit à Vénissieux. « Tout a commencé avec les films Menace II Society et Boyz’n the Hood » avoue-t-il. Les deux longs métrages, relatant la vie de jeunes Afro-américains dans les ghettos de Los Angeles, représentent ses premiers coups de cœur. Mais au-delà du domaine cinématographique, les bandes-sons hip-hop retiennent toute son attention. La curiosité du jeune adolescent lui fait alors ouvrir les portes de la culture urbaine, dans toute sa diversité. Des portes qu’il n’a aujourd’hui toujours pas refermées.

De la galère…
Son initiation dans le domaine de la création débute par les graffitis qu’il pose dans les rues de l’agglomération lyonnaise. Un loisir dans lequel il fait preuve d’assiduité, contrairement aux bancs de l’école qu’il fréquente sans conviction. Son parcours scolaire le fait aujourd’hui sourire, voyant le chemin effectué depuis. « Certains professeurs se demandaient ce qu’ils allaient faire de moi. Ils étaient dépités », se remémore-t-il, un rictus au coin des lèvres. En 2001, Clément Boghossian échoue aux épreuves du bac Littéraire mais réussit néanmoins le concours d’entrée à l’école d’art de Condé. Ses projets, imprégnés de culture urbaine, font mouche. Toutefois, la case BTS Communication visuelle n’est guère plus satisfaisante. « Je suis alors parti à Paris, mon carton à dessins sous le bras, pour aller frapper aux portes ». C’est le temps de la galère, durant lequel il vit de petits boulots. Mais il ne lâche pas prise et sa ténacité finit par payer. Il apprend alors le métier de graphiste sur le tas, en autodidacte, et entre de plein pied dans le monde de la création graphique.

… à la reconnaissance
Les travaux de Clément Boghossian sont rapidement remarqués et les demandes de collaborations affluent. Son univers visuel, au style caractéristique, regorge de références et joue sur la mémoire collective. Un style qu’il adapte aux différents supports sur lesquels il s’expérimente : affiches, pochettes d’album, animations visuelles… De manière plus personnelle, il se consacre également au painting. Ce qui lui vaut l’exposition de certaines de ses créations au Palais de Tokyo, à Paris. Toujours plus ambitieux, il crée son propre studio au cours de l’année 2005. Objectif : gagner en indépendance et pouvoir diriger l’ensemble de la chaîne de création, de l’idée de départ à la finalisation. Une plus grande liberté qu’il met aussi bien à profit pour de grandes enseignes que pour des structures plus modestes, à l’image du label Decon ou du festival alternatif québécois Underpressure. Sa rencontre avec l’artiste Wax Tailor en 2007 finit de lui apporter la notoriété. De l’artwork du musicien, il passe à la réalisation de trois de ses clips et des visuels de sa tournée actuelle. La reconnaissance de Clément Boghossian dépasse aujourd’hui les frontières de l’hexagone, sans pour autant trahir la culture urbaine qui lui a tout apporté.

Raphael Manceau

 
L'édito de So What ? - Ligne de fuite par Romain Monnier Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Julie Balestreri   
11-12-2009

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Début des années 90. La techno music venue de Detroit déferle en masse dans le sud de l'Angleterre. D'innombrables jeunes se réunissent dans des usines désaffectées pour célébrer cette nouvelle alternative musicale. Parmi les DJs de l'époque il y a Fatboy Slim ou les Chemical Brothers mais aussi Prodigy, qui incarne l'énergie débordante de la rave culture, ou d'autres styles plus alternatifs encore à l'instar des Spiral Tribe, pionniers d'une techno hardcore et lancinante. En 1992, le sound system participe au festival de Castlemorton qui attire environ 30000 personnes. À la fin du festival, les membres du «Spi» sont arrêtés et inculpés sous la charge de «conspiration en vue de créer un trouble à l'ordre public». Les Prodigy, malgré un style alternatif et musclé emprunté au rock-punk comme au phénomène rave, prennent le parti de la légalité et du succès à grande échelle, vendant quelques 16 millions d'albums depuis la fondation du groupe en 1990. Les Spiral Tribe quant à eux ont importé et popularisé en France l'esprit des Free Party. Deux parcours aux antipodes mais pour le moins alternatifs et surtout transposables à toutes formes d'expression culturelle.

Alors qu'est ce qu'être alternatif et que représentent ces cultures alternatives?
Volonté d'indépendance, rejet du capitalisme, anticonformisme. Difficile de les décrire puisque, par définition, elles s'inscrivent dans le présent autant qu'elles le fustigent, incarnant une volonté constante de se rapproprier et de remodeler l'espace esthétique ou politique. Véritables miroirs de leur temps, elles s'éclipsent sitôt repérées pour ne pas être appréhendées et violées. Hakim Bey évoquait il y a une vingtaine d'années déjà les «zones autonomes temporaires» pour qualifier ces réactions artistiques qui ne sont pas des révolutions mais des révoltes. Fabrice Raffin, sociologue et spécialiste de la question, parle lui de «changement social immédiat».

En fin de compte une culture sera alternative à partir du moment où sa démarche se nourrira d'innovation, d'expérimentation et proposera une autre voie aux phénomènes culturels aseptisés. Elle tentera de repousser les limites artistiques et technologiques, de provoquer voire de choquer. Régulièrement stigmatisées, les cultures alternatives sont des lignes de fuite, des utopies créatrices éphémères sans cesse renouvelées. Fourmillement associatif. Mouvements culturels minoritaires. Micro-structures autogérées. Elles sont, dans la musique, le cinéma ou le théâtre, une projection de la portion de liberté que chacun de nous, acteur ou spectateur, est prêt ou non à concéder aux sirènes de la standardisation.

 
L'interview de Najat Vallaud-Belkacem : « Tout sauf bourgeois et réactionnaire » Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Julie Balestreri   
10-12-2009

Najat Vallaud-Belkacem, conseillère adjointe (PS), est depuis mars 2008 adjointe au Maire de Lyon déléguée aux grands évènements, à la vie associative et à la jeunesse. Elle est également porte-parole de Ségolène Royal depuis mars 2009. Interview.


Comment la diversité culturelle est prise en compte dans la politique de la Ville de Lyon?
Lyon a mené une action pionnière en faisant preuve d’ambition dans ce domaine, mais rien n’est jamais acquis. Nous travaillons au quotidien pour que cette question soit prise en compte dans toutes nos politiques publiques. Ça passe par une série de mesures techniques qui contraignent les acteurs à se fixer des priorités communes. La métropole lyonnaise s’est ainsi engagée à développer une politique de la diversité dans le cadre d’un Contrat Urbain de Cohésion Sociale (CUCS) négocié avec les collectivités territoriales et l’Etat. Nous avons par exemple obtenu que la culture soit prise en compte dans cette contractualisation, ce qui est unique en France. Mais ça passe aussi par une forme de sensibilité et de conviction qu’aucun texte ne pourra jamais suppléer : de ce point de vue, il existe un vrai consensus parmi les élus lyonnais en responsabilité.

La charte de l’UNESCO sur la diversité culturelle existe mais quels types de charte y a –t-il entre la Ville et les associations pour promouvoir cette diversité ?
Encore une fois, Lyon a montré l’exemple en instaurant une charte de coopération culturelle qui incite les grandes institutions notamment municipales à s’impliquer dans les actions menées par les associations et les habitants des quartiers prioritaires. Mais c’est vrai que nous travaillons en ce moment à la rédaction d’une charte spécifique sur la diversité culturelle.

Comment cette charte s’applique telle concrètement ?
C’est toute la difficulté : une charte sert davantage à rendre visible et à valoriser ce qui se fait sur le terrain de manière plus ou moins informelle qu’à contraindre les acteurs à atteindre des objectifs. Cela nous permet à tous de partager une vision commune de la situation et des progrès à réaliser. Néanmoins, la Ville de Lyon s’est doté de deux services opérationnels pour garantir l’efficacité des actions : la mission de coopération interculturelle et la mission égalité.


Comment les associations permettent-elles de valoriser les cultures des quartiers et les cultures alternatives ?
C’est toute la vertu du monde associatif que de refléter toute la diversité d’une ville. On peut citer l’exemple du Festival L’Original Hip Hop qui, depuis six ans prend toujours plus d’ampleur en ouvrant les cultures urbaines à un public sans cesse plus large. D’autres associations, tel que le Centre des Musiques Traditionnelles Rhône-Alpes, travaillent sur le terrain pour repérer et valoriser toute les formes musicales de la diversité culturelle.

Le CUCS promeut la diversité dans les quartiers. Mais ce printemps trois associations favorisant les langues étrangères ont perdu leur subvention. Qu’en pensez-vous ?
Je me suis exprimée sur ce sujet lors des rencontres Nos Cultures de la Ville, dont le rapport sera bientôt publié. Pour résumer ma position sur ce sujet, je crois vraiment que les cultures, que l’on accuse parfois un peu trop rapidement d’être communautaires, doivent être vécues comme étant des sas d’intégration, pour des populations que l’on ne touche pas facilement par ailleurs. Soit on décide alors de ne pas les toucher du tout, soit on réfléchit à ce qui peut être prioritaire. Pour moi ce qui est prioritaire, c’est de garder le contact avec elles, pour les inciter dans un second temps à s’ouvrir aux autres. Il faut donc inscrire la diversité dans notre politique culturelle : c’est pour cela que j’ai par exemple invité l’une de ces associations à organiser le bal du 14 juillet.

Quelle est la place des cultures alternatives à Lyon ?
Si vous entendez par-là tout ce qui est différent des pratiques culturelles majoritaires ou promus par les mass-média, il me semble que Lyon abrite une très grande richesse de propositions alternatives. C’est vrai parmi les petites associations comme au sein des institutions culturelles les plus prestigieuses, d’ailleurs. 

Dans quels grands évènements la retrouve-t-on ?
Le cas le plus évident est celui des Nuits Sonores qui a réussi à promouvoir des musiques très confidentielles auprès d’un large public. Mais on pourrait en citer d’autres comme Quais du Polar qui défend une idée alternative de la littérature, ou encore Tout le Monde Dehors qui est un vrai tremplin pour l’émergence.

Les lieux des cultures alternatives comme la Friche RVI ferment petit à petit à Lyon. Y a-t-il une volonté de faire disparaître cette culture au profit de la culture institutionnalisée ?

Certainement pas. D’abord, il y a une part de fantasme à idéaliser ainsi le passé. Je suis sûre qu’il se passe bien plus de choses aujourd’hui à Lyon qu’il y a 20 ou 30 ans. Mais la vraie différence est peut-être dans les institutions culturelles qui se sont ouvertes à ces cultures qui auparavant étaient marginalisées. Pour ne citer qu’un exemple, les Pockemons sont passés du parvis à la grande salle de l’Opéra en quelques années seulement, et la programmation des Célestins comme celle des Subsistances sont tout sauf bourgeoises et réactionnaires.

Ces fermetures ne risquent-elles pas d’appauvrir la culture dans la région lyonnaise ?
Rien ne se perd, rien se créé, tout se transforme, en quelque sorte. Il est normal que des lieux nouveaux remplacent les anciens : la Ville fait tout pour maintenir l’équilibre.

Comment vous positionnez vous face à des lieux comme la friche ?
Je suis très favorable à des lieux de création alternatifs, interfaces entre les artistes et les habitants, jouissant d’une certaine liberté : c’est pour cela que nous avons mis en place, par exemple, des résidences d’artistes dans des quartiers dans le cadre de la Fête des lumières. Pour ce qui concerne la Friche RVI, il se trouve que le bâtiment se situe dans un quartier en pleine mutation dont les habitants ont besoin de logements, d’équipements publics et d’espaces verts. Il a donc vocation à disparaître mais nous nous sommes engagés à proposer  à ces artistes d’autres lieux de résidence et de travail.

 

Propos recueillis par Margaux Guignard et Maud Lépine

 
Portrait Omar Toujid : En décalage constant Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Julie Balestreri   
06-12-2009


« Je suis le fruit de l’immigration ». Omar Toujid affiche clairement ses origines dans un milieu culturel pas toujours facile d’accès pour les artistes issus de l’immigration. Mais pour lui ses origines marocaines n’ont pas été un obstacle. « Ma qualité d’écoute, ma générosité et mon sens de l’effort m’ont permis de comprendre et d’être compris par la plupart des personnes qui ont croisé mon parcours professionnel », confie t-il.
De parents berbères, cet artiste d’à peine 40 ans est arrivé en France à l’âge d’un an. Attiré par les chiffres, il se dirige vers un BTS comptabilité. Mais ses deux véritables passions sont la musique et le théâtre. « J’ai découvert le rock alternatif grâce à un groupe d’amis », se souvient Omar Toujid. « J’ai passé du temps à arpenter les concerts et la fièvre artistique m’a gagné ».
Des salles de concert, il passe aux spectacles de rue. Le pont entre ces deux milieux : les chiffres. « A partir de 1992 j’ai travaillé comme comptable dans l’association « Zanka » à Lyon. J’étais alors à moitié implanté dans le milieu».
Au pied levé, Omar Toujib devient comédien pour remplacer un des membres de la troupe. Il ne quittera plus le monde du spectacle et le monde alternatif. « Je me sens plus libre dans la culture alternative car elle est question de conviction et d’ardeur », explique t-il.
Ses premiers pas d’artiste, Omar Toujib les fait sur des échasses, déguisé en dinosaure pour les Jeux olympiques d’Albertville en 1992. Une période bien ancrée dans sa mémoire. « Mon premier spectacle de rue n'était vraiment pas facile : en reculant, je suis tombé sur une voiture ».
De dinosaure sur échasses, Omar Toujib s’est transformé en clown, en jongleur de feu, en acrobate aérien sur les façades de la cathédrale de Rhodes et en danseur.
Après 10 ans dans la compagnie Zanka, sa vie artistique prend une nouvelle direction : la Friche RVI. Une décision bien réfléchie car selon lui « le milieu institutionnel favorise l’excellence et ne prend pas en compte la culture dominante des quartiers ».
Figure de ce lieu alternatif et pilier du collectif Réso, Omar Toujib a un nouveau combat : trouver un endroit pour relocaliser les 500 artistes de la Friche. La convention avec la ville de Lyon permettant son exploitation s’achève en janvier 2010.

Maud Lépine

 
« Je suis marocain, lyonnais et citoyen du monde » Interview de Omar Toujid Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Julie Balestreri   
06-12-2009

Omar Toujid est un artiste alternatif depuis presque vingt ans. Né à Casablanca, c’est à l’âge d’un an qu’il arrive en France avec sa famille. Après 10 ans dans la compagnie « Zanka » où il apprend les bases du métier, il est depuis l’été 2003 un des piliers de la Friche RVI. Mais est-il plus facile en étant issu de l’immigration, de faire sa place au sein du milieu alternatif ? Réponse avec Omar Toujid.

Dans votre parcours artistique, avez-vous rencontré des difficultés à cause de vos origines marocaines ?


O.T. : Je n’ai jamais rencontré de difficultés avec mes origines. En général les personnes qui ont ces problèmes préfèrent en débattre avec des personnes du même avis qu'elles. En plus, elles sont souvent dans la reproduction des opinions des personnes qui font autorité dans leur environnement social, familial ou professionnel. La vérité leur fait peur. Le conditionnement sociétal auquel elles se soumettent est trop ancré en elles, et bien souvent elles ne font pas les efforts nécessaires pour s’en affranchir. On ne devient homme, au sens noble du terme, qu'en acceptant de plonger son regard dans le miroir et de voir ce qui s'y reflète.



Avez-vous la double nationalité marocaine et française ? 



O.T. : J'ai eu la possibilité d'obtenir la nationalité française. Mais je ne crois pas que la reconnaissance sur un territoire s'acquiert par une naturalisation administrative. Je préfère le chemin de la culture. Il est plus long et laborieux mais aussi plus riche.

Vous sentez-vous plus français ou marocain ?


O.T. : Je me considère comme marocain, lyonnais et citoyen du monde. Le travail artistique pousse à la découverte de son « intime » et par là, à quelque chose d'universel. Une fois que ce « quelque chose » nous a touchés, il est beaucoup plus difficile de revenir à une vision réductrice de l'autre.

Comment s’est passé votre intégration dans le monde culturel ?


O.T. : Ma qualité d'écoute, ma générosité, mon sens de l'effort et mon humour m'ont permis de rencontrer, de comprendre et d'être compris par la plupart des personnes qui ont croisé mon parcours professionnel.



Est-il plus facile pour des artistes issus de minorités ethniques d’être dans la culture alternative plutôt qu’institutionnelle ?


O.T. : Je ne pense pas que ce soit plus facile. Une culture alternative va attendre de ses membres une capacité à s'indigner, s'insurger et agir contre toute forme de domination et d'injustice, qu'elle soit politique, économique, sociale, culturelle, écologique, raciale ou sexuelle. Pour beaucoup de monde, il est très difficile de se libérer des fondements et des traditions de sa culture natale. La pratique de ces habitudes et surtout l'incapacité à s'en émanciper est un frein à l'appartenance au mouvement alternatif. Cependant de nombreuses personnes rejoignent des mouvements alternatifs sans pour autant se défaire de leur pratique de domination dans un des aspects cités. On peut être anticapitaliste et raciste comme on peut être un acteur de l'alternative culturelle et sexiste sans s'en rendre compte.


Propos recueillis par Maud Lépine

 

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