En temps de crise économique, l’ensemble des dirigeants européens sont vivement critiqués de l’intérieur. Une période dont sait généralement profiter l’opposition. Partout, sauf en Italie. Le président du Conseil côtoie les sommets dans les sondages.Les polémiques qui ont suivi le séisme dans les Abruzzes auraient pu constituer d’implacables angles d’attaque . Mais sans opposants réels, il n’en a rien été.
Il y en a que de tels sondages doivent rendre envieux. Comme un voisin qui se mettrait sur la pointe des pieds pour regarder, jaloux, de l’autre côté de la clôture, se demandant comment le gazon peut être aussi vert par cette sécheresse. Car Silvio Berlusconi fait littéralement exploser sa cote de popularité depuis le début de l’année, 73% des Italiens déclarant lui faire confiance dans la gestion de la crise économique.Un soutien aveugle et désespéré dû à l’état de choc provoqué par le séisme à L’Aquila?La réponse est non, puisque avant le tremblement de terre, ils étaient 69% à soutenir le Milanais dans ses actions. Il y a de cela d’irréel dans ces chiffres que l’image de Berlusconi, même en Italie, correspond le plus exactement à la caricature du diable des temps de crise : celle d’un grand patron multimillionnaire au passé sulfureux, magnat des médias, roi du cumul, mêlant sans cesse intérêts publics et privés, au cœur de multiples scandales politico-financiers. S’il bénéficie d’un indéfectible soutien populaire, il Cavaliere ne rencontre aucune opposition politique de l’intérieur. En cela il constitue une stupéfiante exception européenne.
Ailleurs,nul ne résiste à la crise
Car partout ailleurs, les dirigeants ne sont pas particulièrement prophètes en leur pays. C’est par exemple le cas d’Angela Merkel, la chancelière qui apparaît de plus en plus chancelante.Pressée d’agir pour tenter d’enrayer le tourbillon infernal de la récession, elle donne chez elle le sentiment d’avoir perdu pied. Critiquée de toutes parts pour sa gestion de la crise, ellereste opposée à un troisième plan de relance. Intouchable depuis 2005, Merkel s’est pour la première fois la semaine dernière fait doubler dans un sondage de popularité. Les sociaux-démocrates du vice chancelier Frank Walter Steinmeier, principal challenger de Merkel, ont choisi ce moment pour lancer le coup d’envoi de la campagne pour les élections législatives, à cinq mois du vote. Cela au risque de paralyser la coalition de Merkel. Outre-Manche, le triomphe de Gordon Brown à l’issue du sommet du G20 est un très lointain souvenir. Les derniers sondages du Daily Telegraph donnent le Parti travailliste du premier ministre distancé de 18 points par l’opposition conservatrice de David Cameron. En un mois, les Tories ont presque doublé leur avance, bien aidés par les annonces catastrophiques du ministre du budget, annonçant cette semaine un endettement abyssal du royaume à hauteur de 80% du PIB. En France, Nicolas Sarkozy doit s’en remettre à son sujet de prédilection qu’est l’insécurité pour faire oublier sa ténacité sur le fameux bouclier fiscal et les difficultés du dialoguesocial. Si la principale opposition au chef de l’Etat reste peu identifiable dans les faits comme dans les enquêtes d’opinion, les vagues de manifestations de mars et d’avril ont été avant tout dirigées contre la personne-même du président de la République. Un an après son écrasant triomphe aux élections législatives des 13 et 14 avril 2008, et en pleine crise mondiale, Silvio Berlusconi ne connaît à l’inverse pas l’érosion du pouvoir. Urgence sanitaire à Naples, crise économique, dérapage verbal autour de Barack Obama… rien n’affecte le président du Conseil qui surmonte les obstacles avec une science magistrale. Le voici qu’il rebondit et s’impose comme le seul et unique recours à ses concitoyens. Pourtant, les angles d’attaques ne manquent pas pour d’éventuels adversaires.
Des perches tendues àl’opposition
Récemment, le séisme dans les Abruzzes a mis en exergue les soupçons de corruption comme le révèlent la mauvaise qualité du ciment ou encore le béton insuffi samment armé de certains édifices pourtant neufs. D’autre part, la catastrophe a soulevé la question du laisser-aller de l’Etat qui a repoussé l’application des normes antisismiques sous la pression des constructeurs. Autant de perches tendues aux opposants... Mais autour de Berlusconi, s’étend un des plus arides désertspolitiques. A gauche, l’unique alternative est incarnée par Bruno Franceschini, chef du parti démocrate. Par dignité, ce dernier a choisi le silence durant les jours qui ont suivi la tragédie, laissant le monopole de la parole au président du Conseil. De fait, Berlusconi a davantage à craindre de son propre camp.Le président de la chambre des députés, Gianfranco Fini, est le dauphin du Cavaliere depuis quinze ans. A 52 ans, il attend son heure, ronge son frein et reste timide quand il tient à se démarquer du chef. Toujours au sein du Peuple de la Liberté, le nouveau parti fondé en mars dernier, les plusvirulents opposants demeurent à un niveau local.Avec le champ libre, le président du Conseil est alors inarrêtable. Il a pu sans entraves démontrertoute sa maîtrise de la communication politique. En apparaissant comme le messie, premier à se rendre au chevet des victimes et à écouter leurs plaintes et leur douleur, l’efficacité des secours et le dispositif déployé par la Protection civile sont portés à son crédit. Du coup, quand il déclare aux sinistrés qu’ils doivent se considérer « comme au camping » en attendant de retrouver un toit, la presse internationale s’indigne. Mais à L’Aquila comme dans le reste du pays, ce qu’on en retient avant tout, c’est la promesse d’un rapide relogement.