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« Il n’y a pas de processus de paix tant que rien n’est signé » Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par heloise basson   
09-12-2009

INTERVIEW CONFLIT DU HAUT KARABAKH


« Il n’y a pas de processus de paix tant que rien n’est signé »

 

Gaïdz Minassian, docteur en science politique et chargé de cours, est chercheur au Groupe d'analyse politique (GAP) à l'université de Paris X Nanterre et chercheur au Centre d'études et de recherches de l'enseignement supérieur militaire (CEREMS) à l'École militaire de Paris. Il collabore à plusieurs revues comme Politique Etrangère de l'IFRI, Questions internationales de la Documentation française et l'Annuaire français des relations internationales du Centre Thucydide de l'université de Paris II Assas.
Gaïdz Minassian publie également au "Monde.fr."

Les pourparlers récents entre les chefs d’état d’Arménie et d’Azerbaïdjan laissent-ils entrevoir une solution au conflit du Haut-Karabakh ?


Gaïdz Minassian : On est loin de la paix. Il faut savoir que cette rencontre est la 6ème de l’année. Ce qui constitue en soi une marque de progrès. Les chefs d’Etat veulent établir un climat de confiance, et la répétition de leurs rencontres souligne l’intensité du débat. Cependant, tant que rien n’est signé, il est difficile de parler d'avancées nettes en faveur de la paix. Les rencontres doivent déboucher sur un protocole de compromis. Et les conditions actuelles peuvent faire bouger les choses. Trois grandes questions étaient au centre de la rencontre de Munich le dimanche 22 novembre : le statut du Haut Karabakh,  les territoires sous contrôle arménien, les réfugiés. Pour l’instant, il est vraiment prématuré d'affirmer quoi que ce soit en termes de solutions, mais des efforts sont engagés des deux côtés. Gardons toutefois à l’esprit que la veille de la rencontre en Allemagne, l’Azerbaïdjan avait menacé l’Arménie d’user de la force s’il n'y avait pas la moindre avancée lors de ce nouveau round de négociations.


Qu’a le Haut-Karabakh de si particulier pour que les deux pays veuillent le garder à  tout prix ?


G. M. : C'est le berceau de l'identité arménienne et les Azéris en disent autant. Sur le plan de la géopolitique traditionnelle, la région du Haut Karabakh constitue un flanc  montagneux convoité par les deux puissances, celle de la montagne (Arménie) et celle de la plaine (Azerbaïdjan). Pour les Arméniens, contrôler le Haut-Karabakh consoliderait leur sécurité. Pour les Azéris, contrôler cette province leur permet  de se rapprocher de la Turquie voisine sur fond d'idéal panturc. Sur le plan sociologique, le Haut-Karabakh est un handicap à leur construction nationale respective. Enfin, le Caucase du Sud se trouve au coeur de rivalités de puissances : Russie, Etats-Unis, Turquie, Iran, Union européenne.


Quel est justement l’impact géopolitique que génère le conflit ?


G. M. : En donnant le Haut-Karabakh à l'Azerbaïdjan en 1921, Moscou avait besoin de casser les nationalismes arménien et azéri pour mieux diviser et régner dans la région, à la fois pour construire le socialisme dans la Russie bolchevique et l'URSS, et adresser un message de sympathie à la jeune Turquie kemaliste voisine opposée aux puissances occidentales. C'est de la solidarité contre les puissances européennes, considérées comme puissances bourgeoises par Moscou et puissances occidentales par Ankara.
Le conflit a également un impact sur les hydrocarbures qui transitent vers l’Europe. Tout investisseur a besoin de sécurité pour s'implanter ou se consolider. Tant que le Haut-Karabakh constitue un abcès de fixation, la stabilité est fragile.
Enfin, comme je vous l'ai dit plus haut, le Haut-Karabakh joue le rôle de levier pour les grandes puissances telles que la Russie ou les Etats-Unis. Le Groupe Minsk co-présidé par la France, la Russie et les Etats-Unis, est effectif depuis 1992. Cependant, la communauté internationale n’agit pas assez, notamment auprès des sociétés civiles. Ces nombreux éléments font de la région du Haut Karabakh une région hautement stratégique.

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