Quelle est la place des parents dans ces conflits ?
B.C : Il faut distinguer les affaires avec plaintes (83 l’an passé contre 96 en 2008) et sans plaintes qui sont la majorité des cas. Ils ne relèvent pas d’agressions physiques, mais ce sont des gestes suffisamment graves pour blesser l’enseignant. En proportion, 1/3 sont de la responsabilité des enfants, les 2 autres tiers viennent des parents.
Pourquoi ce phénomène chez les parents ?
B.C : Il y a un manque évident de communication avec les enseignants. Les parents ont tendance à ne pas se remettre en cause lors de conflits, ce qui favorise les tensions. De plus, on décèle une réelle inquiétude parentale vis-à-vis des résultats scolaires de leurs enfants. Comme si avoir de mauvais résultats pouvait traduire une sorte de mauvaise éducation. Sinon, ils ont une incompréhension vis-à-vis du fonctionnement de l’école d’aujourd’hui. Ils se reposent sur les souvenirs de leur propre scolarité. Or, l’école a beaucoup changé depuis. Du côté des enseignants, les tensions naissent aussi car ils se sentent brimés. Les textes de loi sont très restrictifs et au final, même le chef de l’établissement a peu de marges de manœuvre. Mais ça, les parents ne s’en rendent pas compte.
Alors quelles actions pour favoriser l’apprentissage de cette « nouvelle école » ?
B.C : Pour les familiariser avec l’institution actuelle, on a mis en place des cahiers de liaison parents-écoles qui explicitent son fonctionnement. Mais avec ce type de règlement, ils se sentent personnellement remis en cause. Ce type de réactions « à chaud », c’est plutôt inhérent à la société actuelle. Les gens ont du mal à se positionner vis-à-vis de l’institution « Ecole ».
Pensez-vous que « sanctuariser l’école », comme le souhaite le gouvernement, est une solution pour baisser ce phénomène de petite délinquance ?
B.C : Quand on parle de sanctuariser l’école, est-ce que c’est possible ? Est-ce que c’est souhaitable ? Les enfants sortiront forcément un jour de l’école. Ils doivent un jour se responsabiliser.
Que pensez des dispositifs qui sont en train d’être mis en place comme les équipes mobiles de sécurité ou les portiques ?
B.C : Aussi bien pour le premier que le second degré : on manque d’adultes. Avant de mettre un portique il faudrait un adulte pour les calmer auparavant. Mais les deux ne sont pas incompatibles. A chaque nouveau dispositif de sécurité, il y a toujours « un petit malin » pour trouver un moyen de le contourner. La fraude est toujours un peu en avance par rapport à la répression. QU’il en faille, oui, mais il faut surtout du personnel. Il faudrait replacer des éducateurs spécialisés.
Qu’est-ce que vous préconisez ?
B.C : Avant tout, on mise sur la prévention. On ne veut pas emmener les élèves ou les parents au pénal. On peut espérer ôter certains conflits quotidiens en aidant les écoles pour créer des règles et des lois. Et montrer qu’elles sont faites pour protéger plutôt que gêner. On essaye de travailler en amont même si on ne peut pas changer le monde.
Qu’en est-il de la vidéosurveillance ?
B.C : Les portiques, la vidéosurveillance, c’est la négation de l’éducation laïque. Ça ne doit pas être l’unique solution mais ça peut-être une aide. Par rapport aux caméras, les images doivent être prises avec du recul. En présence d’adultes, il faut analyser les comportements constaté pour en faire des pistes de réflexion.Il faut quand même se rendre compte que l’école d’aujourd’hui a évolué. On en est plus à la guerre des boutons. Même si parfois on s’en approche.
Propos recueillis par Stéphanie Perrin.