Inde – Divisions interreligieuses, un verdict en forme d’aveux

A Ahmedabad le 27 février 2012, des musulmanes indiennes lisent le Coran à la Société Gulberg où se sont rassemblés des survivants des émeutes anti-musulmans perpétrés par des nationalistes hindous, il y a 10 ans © Sam Panthaky / AFP

Début 2002, une vague de violences entre communautés hindoue et musulmane faisait plus d’un millier de morts dans l’Etat du Gujarat. La semaine dernière, un tribunal a condamné 23 personnes pour leur participation au massacre de musulmans durant cette période. Un verdict quasi-inédit dans un pays où les heurts interreligieux sont rarement sanctionnés.

 

Dix ans. C’est le temps qu’il aura fallu à la justice indienne pour condamner certains des auteurs des massacres interconfessionnels qui ont ravagé l’Etat du Gujarat (frontière sud du Pakistan), début 2002. La semaine dernière un tribunal spécial a jugé 23 personnes coupables de l’assassinat de 24 musulmans, à Ode, en mars 2002. A l’époque, une foule dense de plusieurs centaines d’hindous avait mis le feu à un immeuble accueillant de nombreux membres de la communauté musulmane.
Fin 2011, et début 2012, une soixantaine de condamnations à la réclusion à perpétuité avait également été formulées à l’encontre de personnes responsables de violences similaires ciblant, tour à tour, hindous et musulmans.

Pourtant, ce type de sanctions juridiques est plutôt rare dans un pays qui opte souvent pour le silence suite aux règlements de compte interreligieux.
Ce sujet est encore aujourd’hui très sensible dans une nation où les tensions entre partis politiques musulmans et hindous, héritage d’une indépendance mouvementée, sont encore vives. En particulier dans les régions occidentales du pays, et dans l’Etat du Gujarat, dirigé depuis octobre 2001 par le Bharatiya Janata Party (Parti du peuple indien) de tendance nationale-hindouiste radicale. Un parti jugé indirectement impliqué dans la planification des tueries de 2002, selon plusieurs rapports émanant de l’ONG Human Rights Watch.
Cette omerta a, par le passé, déjà sévi à la suite de précédentes vagues de violences à caractère religieux, telles que les émeutes anti-sikhes de New Delhi en 1984. Des attaques qui avaient alors causé la mort de près de 2700 personnes en quatre jours, et qui n’ont à ce jour pas été condamnées par le Congrès indien.
Car l’Inde, bien qu’elle semble avoir pris le train de la modernité et opté pour une union nationale de façade, est bien loin d’en avoir fini avoir ses tensions interconfessionnelles.
En Septembre 2011, un litige foncier sur la commune de Bharatpur (Etat du Rajasthan) donnait le prétexte à des heurts entre musulmans et membres de la communauté gurjar (de confession sikhe et hindoue). Ces évènements, à l’origine de la mort de huit personnes, avaient ainsi imposé l’instauration d’un couvre feu pour éviter de plus importants débordements. Et malgré un déploiement militaire dans la zone, les autorités indiennes ont préféré de nouveau fermer les yeux sur les maux profonds qui divise encore ce pays-continent.

 

Frédéric Bonzom

 

Pour en savoir plus sur les conflits inter religieux en Inde :

http://www.ina.fr/economie-et-societe/justice-et-faits-divers/video/1954538001018/violences-en-inde.fr.html

http://www.rfi.fr/actufr/articles/027/article_13462.asp

http://iphone.france24.com/fr/20090623-mort-jeunes-musulmanes-embrase-le-cachemire-

http://www.ina.fr/histoire-et-conflits/decolonisation/video/CAB7901472201/passe-simple-independance-de-l-inde.fr.html

 

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