Big Mouth, ce cartoon qui n’a pas sa langue dans sa poche

Big Mouth, ce cartoon qui n’a pas sa langue dans sa poche

@Netflix Après Bojack Horseman, Big Mouth est rapidement devenu LA nouvelle série d’animation des écuries Netflix

4000 J’aime / 13 000 Je n’aime pas. Le premier trailer de Big Mouth n’a pas fait l’unanimité (pour être poli). Pourtant, les mois passants, la série d’animation Netflix est passée de vilain petit canard à cygne. Pourquoi ? La série attaque un thème encore jamais foulé par le monde du binge et des season finale : la puberté chez les collégiens. Autant dire que l’équation a merveilleusement bien fonctionné, malgré les pronostics. Le produit fini est trash, hilarant, honnête et le meilleur éducateur sexuel qui soit. Chacun des dix épisodes aborde nos quelques cicatrices du monde de l’adolescence : de la pornodépendance aux premières amourettes, tout passe sous le crible.

HE IS A BRANLING QUEEN

Meet Andrew ! Il est l’un des cinq protagonistes et un adolescent lambda en proie à la voracité des flux hormonaux. Chose que tout homme a vécue mais aussi subie. Big Mouth, lui, se contentent d’être très, voire trop explicite. Érections en boucle, pulsions incontrôlables, libido foireuse… une armada d’effets secondaires viennent titiller le pauvre garçon. Pourtant, bien que ça paraisse glauque, ces phénomènes sont normaux. Lors de la puberté, les premières onces de testostérones sont sécrétées. Ceci influe sur le développement des organes sexuels, production de spermatozoïdes et, fatalement, des débuts d’érections. Ce n’est pas éphémère (sinon ce n’est pas drôle), mais dure toute une vie.

@Netflix. Andrew se butte aux peines mais aussi aux joies de la puberté. Son monstre hormonal, Maurice, l’accompagne à chaque étape.

Phénomène un peu moins atypique : la pornodépendance. Lors des derniers épisodes, Andrew s’est véritablement épris des plateformes X et long-métrages illicites, jusqu’à atteindre une véritable obsession. Aux Etats-Unis, ce problème est considéré comme « une crise de santé publique » au même titre que le tabagisme ou l’alcool au volant. Selon une étude de Pornhub l’année dernière, un Américain normalement constitué regarde 221 vidéos pornographiques par an. Pour de nombreux sociologues et psychologues, ces chiffres sont alarmants. Certains de ces spécialistes militent fermement contre la pornographie, d’où certaines associations comme Fight the new Drug. Pour rappel, une récente estimation indique qu’un adolescent américain moyen découvre la pornographie à 13 ans.

LES FILLES AUSSI

C’est toujours un peu cliché de voir la puberté au travers des yeux d’un homme. Enième preuve de son zèle, Big Mouth fait de Jessi un de ses protagonistes principaux, une jeune fille subissant ses premières règles. D’un ton plus soutenu, elles sont aussi appelées menstruations. Elles apparaissent chez les jeunes filles à partir de la préadolescence, sous la forme d’écoulements sanguins. Chaque mois, l’utérus féminin sécrète de la muqueuse (aliasendomètre) pour accueillir un ovule fécondé. À la fin du cycle, si l’ovulation n’a pas lieu, les couches superficielles sont « évacuées » d’où les saignements.

@Netflix Accompagnée de son « monstre hormonal », Jessi est l’un des protagonistes principaux.

Au-delà des règles, Big Mouth se montre assez explicite quant aux étapes de la puberté féminine (a contrario d’autres médias). Dans le cinquième épisode, « Les filles aussi », Jessi décide « d’explorer » sa sexualité et de se masturber. Ça peut paraître anodin pour certains mais l’intrigue met en valeur un tabou persistant : la sexualité féminine. Sur le sujet de la masturbation, 46% de «pratiquantes » n’osent pas en parler. La cause ? « Elles ont peur d’être d’être jugées comme étant trop portées sur le sexe » partage Caroline Le Roux, sexologue française.

PETITE LUXURE DEVIENDRA GRANDE

L’adolescence est aussi un terrain d’expérimentations. On se recherche, certaines fois nous nous trouvons et plus rarement, nous foirons, puisque la puberté n’est pas un fleuve tranquille et souvent s’entremêle avec des intrigues plus « adultes ». Le pousseur de tête, huitième épisode, parle de son problème éponyme : les « head-pushers ». « Kézako ? » diriez-vous. Il s’agit d’argot urbain. Ici, un homme force une femme de lui faire une fellation en poussant sa tête vers sa ceinture. Pour ceux qui n’ont pas tilté, ceci s’inscrit dans un cas d’agression sexuelle et amène à des rapports non-consentants. Dans cet épisode, la sœur de Nick (un des protagonistes) est victime d’un « head-pusher » mais réussit à se défaire avant une agression.

@Netflix. Suite à des relations non-protégées, Jay tente d’assumer son nouveau statut de père.

Aussi étonnant que ça puisse paraître, Big Mouth ne cherche pas à caresser dans le sens du poil. Un épisode entier est consacré à la contraception et à la grossesse non-voulue (de façon dérisoire, cela reste un cartoon). Le sixième épisode, « La capote et l’oreiller », voit Jay ayant des rapports non-protégés avec son coussin – on vous l’avait dit, c’est dérisoire. Résultat des courses : elle tombe enceinte et s’ensuit d’une longue hésitation : « Gardons-nous cet enfant ou pas ? ». Difficile de ne pas remarquer le sous-texte portant sur l’IVG (ndlr : interruption volontaire de grossesse). Selon l’Inde, 126 464 Françaises ont eu recours à l’avortement en 2014 : une nette baisse comparée aux années précédentes. Toutefois, le chiffre parle de lui-même, l’avortement ne relève pas de l’insolite. C’est avant tout un débat qui divise. Depuis l’entrée en vigueur en France de la loi Veil en 1975, l’IVG est vivement contestée par les « antiavortements », dont notamment Marche pour la Vie.

ARTHUR BRENAC

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *