Don Mateo, colleur de rue, colleur d’idée

Don Mateo est un artiste de rue lyonnais, dont les domaines de prédilection sont le pochoir et surtout le collage. Il se situe donc dans la lignée d’illustres prédécesseurs, qui ont créé, maitrisé, puis démocratisé le collage, qui est aujourd’hui l’une des formes d’arts plastiques de rue les plus répandues, mais aussi les plus « acceptées » par la population. Pour preuve, nombre d’artistes colleurs travaillent en pleine journée, à la vue de tous, sans déranger les passants. C-Street vous propose de découvrir le collage, à travers le colleur lyonnais.

 

Nature morte à la chaise cannée, Pablo Picasso, 1913, Paris.
Nature morte à la chaise cannée, Pablo Picasso, 1913, Paris.

 

Pablo Picasso est le premier à avoir créé un collage, c’est-à-dire une combinaison d’éléments plastiques séparés, que ce soient des papiers, des journaux, des tapisseries, des documents, ou même des objets. Son œuvre, exposée au Musée Picasso à Paris, se nomme Nature Morte à la chaise cannée, et date de 1913. Depuis, le collage est devenu un procédé à part entière, à l’instar de la peinture ou de la sculpture, et énormément d’artistes célèbres sont passés par le collage, d’Andy Warhol à Raoul Hausmann, en passant par Georges Braque ou Henri Matisse.

 

 

La Mandoline, Georges Braque, 1914, Paris
La Mandoline, Georges Braque, 1914, Paris.
Elasticum, Raoul Hausmann, 1920, Berlin
Elasticum, Raoul Hausmann, 1920, Berlin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Aujourd’hui, le collage est fortement lié au street art. c’est un moyen plus rapide que le graffiti ou la peinture d’exposer, et en plus il permet d’assembler des objets de la vie quotidienne (journaux, magazines, papiers peints, photographies…) dans un lieu familier de tous : la rue. A Paris, Madame Moustache ou Fred le Chevalier sont célèbres pour leurs collages devenant des éléments ancrés dans les lieux où ils exposent. Don Mateo a déjà plus de 500 œuvres exposées ou anciennement exposées dans les rues de Lyon. En effet, sous l’effet de la pluie, ou des autorités, les collages disparaissent vite ! L’un des principes forts de l’art de rue est le mouvement, l’éphémérité des œuvres, mais aussi des lieux. En effet, la rue n’est pas statique, elle est sans cesse renouvelée, et quand un artiste de rue décide d’exposer dans un lieu donné, cette œuvre fait partie de la rue. Et quand elle disparait, c’est la ville qui évolue.

 

La Laitière de Vermeer, Don Mateo, Lyon
La Laitière de Vermeer, Don Mateo, Lyon. ©DonMatéo

Don Mateo est un colleur, né dans le début des années 80 qui a grandi avec le hip hop, le rap et le street art. Sa première expérience de graffiti ne fut pas sur un mur… Mais bien sur une voiture. Après avoir voyagé entre l’Espagne et le Danemark, Don Mateo pose ses valises à Lyon. La ville de Lyon a donc peu à peu vêtu les portraits sublimes de Don Mateo. Ses portraits ne sont que des inconnus (99%) qui l’interpellent par leurs émotions et leurs énergies. Il possède un style graphique et identifiable entre tous. Les œuvres de Don Mateo sont l’étendard de la liberté d’expression et de la créativité, et C-Street l’a rencontré pour en savoir un peu plus sur lui, son travail. Beaucoup de sujets ont été évoqués, de ses débuts dans l’art à son évolution vers le collage, de l’évolution du collage en lui-même… Ses inspirations et ses influences reviennent également à maintes reprises dans cette interview audio. A écouter au calme, au coin du feu, pour mieux comprendre les objectifs d’un street artistes lyonnais reconnus  :

 

 

« L’art de rue, c’est l’art pour tous. « 

Don Mateo dit, dans une interview accordée au Progrès, « Le plus souvent, je sors avec mon seau de colle, mes dessins et je déambule dans la ville à la recherche d’un « spot ». Je regarde alors la ville différemment, un peu comme dans un musée, c’est très agréable. Je colle souvent dans le 1er arrondissement, où j’habite, c’est un peu comme si je décorais ma chambre ». Il y a deux notions importantes dans ce qu’il dit. D’abord, il regarde la ville comme un musée. La ville devient donc un lieu d’exposition, à la vue de tous, dont les murs vierges sont destinés à être remplis. De plus, c’est un lieu d’exposition sans élitisme. Tout le monde voit les œuvres. Chacun les interprètera à sa manière, selon son vécu et son bagage, mais chacun y a accès. L’art de rue, c’est l’art pour tous. On peut autant y voir un aspect décoratif, qu’une interprétation plus profonde, plus philosophique. La deuxième notion importante dans ce que dit Don Mateo, c’est qu’il s’approprie les lieux. « Comme si je décorais ma chambre ». Tout le monde considère sa ville comme son chez-soi, un lieu familier, qu’on aimerait pouvoir modifier comme bon nous semble, corriger ce qui doit l’être selon nous, embellir ce qui doit être embelli, et personnaliser sa ville. Les artistes de rue, eux, le font. La ville est à eux, et ils y posent leurs collages comme on collerait un poster dans notre chambre. La différence c’est qu’ils le font tant pour eux, que pour les autres. On sait qu’en installant son collage sur les murs ou les escaliers de Lyon, il sera vu, critiqué, aimé, détesté, et effacé, probablement. Mais c’est le but.

 

 

Mandela, Don Mateo, Lyon
Mandela, Don Mateo, Lyon. ©DonMatéo

Le collage en milieu urbain est aussi un bon moyen de rendre hommage. Don Mateo a par exemple rendu hommage à Alberto Giacometti, sculpteur et peintre suisse du XXème siècle, qui l’a beaucoup inspiré, à Gustave Courbet, à Nelson Mandela, à Angela Davis… Que ce soit pour les artistes qui l’ont inspiré, ou pour les grands hommes et femmes de ce monde, l’hommage devient de suite plus fort, plus vivant, et plus partagé. Chaque personne qui pose son regard sur le collage, participe à l’hommage rendu, et y ajoute sa personnalité. L’art de rue est toujours un art participatif, chaque passant ayant sa perception de l’œuvre, il modifie l’œuvre. Une œuvre d’art n’est rien sans celui qui l’observe. Le collage est aussi, comme on l’a dit, issu d’objets récupérés, de papiers journaux, de tracts … Tous ces objets ont été fabriqué par quelqu’un, et c’est l’artiste qui les utilise. C’est en cela, que l’art de rue devient avec le collage encore plus participatif : chaque personne y a ajouté sa touche personnelle.

 

La naissance de Vénus, DON MATEO, Lyon ©DonMatéo
La naissance de Vénus, DON MATEO, Lyon
©DonMatéo

Le collage est aussi un moyen de désacraliser l’art plastique. Il n’est nul besoin de savoir dessiner un portrait au cil près, avec un fond à la perspective parfaite, à main levée. Tout le monde peut pratiquer le collage, avec ses matériaux, ses idées, ses inspirations. Et tout le monde a sa galerie d’art : la rue. Descendez de chez vous, découpez des bouts de vos magazines, collez-les sur un mur… Si vous y voyez un message, si vous y faites passer votre sensibilité, ou si vous trouvez que cela embelli, voire même complète la rue, alors tous les passants y trouverons également leur interprétation. L’art est le meilleur moyen de s’exprimer sans avoir à crier plus fort que le voisin. L’art n’a pas de frontières, ni de langue. L’art n’a pas besoin d’être encadré dans un musée, par une barrière et deux vigiles. L’art c’est l’Homme, sans filtre, sans mensonge. C’est l’expression de notre sensibilité la plus profonde, et la réinterprétation de chaque spectateur par la sienne. Le collage permet cela : pas besoin d’outils précis, du moment qu’on a l’envie.

 

 

Damien Orsat
Interview par Hugo Cléchet et Simon Perrin
Montage par Simon Pernin

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *