Interview de Grégoire Gouby, grand gagnant d’Eloquentia 2017

Grégoire Gouby est le grand gagnant de l’édition 2017 d’Eloquentia (Saint-Denis). En passant la formation puis le concours, il a su convaincre tout son entourage pour remporter ce sésame qui rappelons-le, n’est pas du tout facile à gagner. Originaire de la région de Saint-Etienne, Grégoire vit désormais à Paris. Entretien avec lui.

 

Revivez l’essentiel de l’incroyable finale de Grégoire ici :

 

Qu’imaginais-tu de ce concours avant de le faire ?

Au tout départ, c’est Eddy Moniot [un comédien qui joue des scènes en région parisienne], le gagnant de la saison 2015 qui m’avait proposé de le faire. Pendant 2 ans, il m’a dit « Fais-le, fais-le ! » et à chaque fois, je n’osais pas parce que j’étais trop timide et en plus je me disais que ce n’était pas mon domaine car moi j’aime faire du théâtre et jouer des personnages. Mais écrire un discours et être moi-même dans un discours c’est bien plus difficile.

Au début, je ne m’attendais à pas grand-chose, juste à des conseils sur « comment écrire » ou « comment bien parler sur scène » et en fait c’est bien plus que ça parce que j’ai découvert énormément de choses. Déjà, Eloquentia est une énorme famille donc on découvre des gens juste exceptionnels et puis on se découvre des capacités et on retrouve une vraie confiance en soi à travers la parole et à travers le fait de parler devant 500 personnes alors qu’à la base, on ne s’en croit pas du tout capable.

 

Pourquoi as-tu décidé de faire ce concours ? A partir de quel moment tu t’es dit « Je vais faire Eloquentia » ?

J’avais fait une licence de théâtre et on ne faisait pas beaucoup de pratique, puis je me disais qu’il fallait beaucoup de culture générale et que ça allait être compliqué pour moi et en fait ils nous redonnent confiance. En plus, j’ai beaucoup de mal à me vendre, que ce soit dans les entreprises ou lors des entretiens d’embauche. Dans la vie quotidienne, je suis de nature assez réservée. Même si sur scène, je le suis un peu moins heureusement (rires). Mais Eloquentia nous donne vraiment une opportunité de dire vraiment ce que l’on veut donc c’est pour ça qu’on est en confiance. On choisit les mots que l’on veut utiliser donc on n’a pas de soucis. On n’est pas du tout formatés et on nous pousse à être nous.

Je me suis décidé à faire Eloquentia une semaine avant la soirée de lancement, en décembre 2016. Eddy [Moniot] m’a inscrit parce que je suis passé devant un stand Eloquentia. Il m’a vraiment inscrit limite de force et je me suis dit que toute façon, dans le pire des cas, je ferai juste la formation et si ça se passe bien je ferai le concours. Vu qu’il y a une formation pour la formation et pour le concours, je me suis dit que je verrais bien comment se passent les auditions. Puis après je suis allé à la soirée de lancement et j’ai vraiment vu que ça avait l’air super cool. Au début, je pensais faire que la formation. Et la formation s’est tellement bien passée que j’étais vraiment en confiance. Tous les gens qui ont fait la formation ont également fait le concours. Je me suis alors dit que c’était une formidable occasion et j’y suis allé par curiosité et non par envie. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, comment allaient être les cours, et comment le public allait réagir à mes discours. Moi je voulais seulement, dans l’idéal, faire un amphi de 500 personnes, en quart de finale. Et après ça je me suis dit que c’était bon, que je pouvais arrêter. Mais bien sûr je ne voulais pas parce que c’était trop bon, trop bien. Et donc j’ai continué et donc pour moi, à chaque fois que je passais une étape au-dessus, c’était un bonus.

 

Quels éléments dans ta formation t’ont poussé à faire le concours ?

Chaque samedi, on a une session d’insertion professionnelle où ils nous font rencontrer des professionnels du milieu qui nous guident vers nos projets, donc c’est hyper-personnalisé. Après on a un cours de théâtre pour vraiment apprendre à être soi sur scène. On a un cours d’art rhétorique pour commencer à écrire nos discours. Ensuite, on a un quatrième cours de slam. Je ne connaissais pas du tout le slam, faire rimer les mots était un domaine inconnu pour moi. Ça m’a donc permis d’obtenir des clefs pour aller au concours. Mais je pense que ce sont vraiment les cours de théâtre qui nous ont tous bouleversés parce que ça nous a fait poser des questions sur nous-même, sur ce qu’on voulait vraiment faire de notre vie. Moi, j’avais toujours eu l’envie de faire du théâtre mais je ne savais pas si j’étais fait pour ça. Et à la fin d’Eloquentia, je me suis dit que je ne pourrais faire aucun autre métier que du théâtre.

 

Que fais-tu aujourd’hui ?

Pour l’instant, je suis assistant-metteur en scène et j’écris mon propre spectacle. J’ai décidé depuis très longtemps mais c’est vraiment Eloquentia qui m’a redonné l’envie d’écrire. Le plus difficile pour moi, c’est vraiment d’écrire. Désormais, j’ai décidé de prendre ma vie en mains et de m’y mettre à fond. Là, j’ai à peu près fini d’écrire mon spectacle et je vais commencer à faire des scènes ouvertes dans Paris d’ici 2 semaines. A chaque fois, je vais faire 5 minutes de sketchs pour voir ce qui marche et ce qui ne marche pas. Et je continue de représenter Eloquentia dans des événements. J’ai animé une remise de prix pour la fondation Danielle-Mitterrand. Récemment, je faisais un discours pour HOK, un accélérateur de start-up. Tout ça continue à me faire évoluer car je rencontre tous types de publics, pas spécialement là pour rigoler. Et moi mon but, c’est vraiment de me montrer tel que je suis et j’ai envie de faire des discours drôles.

 

Comment es-tu ressorti de ce concours ? Quelle a été ton évolution au cours de cette expérience ? Quels enseignements en as-tu tiré ?

La première semaine était très bizarre. C’était compliqué car j’avais une pression pendant ces 6 semaines de concours et il y avait une pression médiatique car c’était le moment de la sortie du film « A Voix Haute » [film qui traite l’éloquence à travers le concours Eloquentia]. Et d’un coup, je me retrouvais seul à avancer même si j’étais plus ou moins aidé. J’ai eu la chance de faire la première partie de Samia Orosemane [une célèbre humoriste présente à la finale Eloquentia], qui m’avait proposé ça. J’ai donc fait ça en juin 2017 et j’ai découvert grâce à ça un tout autre milieu parce que le public n’était pas du tout au courant que j’allais faire la première partie de Samia. Ça a été un autre exercice et là j’avais pour mission de faire rire. Je n’avais pas de sujet comme à Eloquentia. Ça m’a appris à encore plus être moi-même partout.

J’ai plutôt l’habitude de faire du théâtre classique. Mais je n’ai pas envie de faire du théâtre classique et pièce. Plutôt de faire des scènes seul.

Je fais du théâtre depuis mes 12 ans. J’ai donc fait pas mal de petites représentations dans une troupe. Mais c’était toujours des choses que je n’avais pas écrit et je devais jouer des personnages.

 

« Les gens en face de toi ne sont pas là pour juger »

 

Quelle est la chose qui a été la plus difficile à gérer pour toi durant ta formation et ton concours chez Eloquentia ?

Ma mère est orthophoniste et m’a beaucoup aidé durant mon enfance donc je pense avoir une bonne élocution. Le plus dur à gérer, c’est vraiment le stress. Quand on parle, il ne faut pas se tromper et tout donner à l’instant T. J’ai une gestion du stress assez compliquée, comme tout le monde je pense. On a eu des exercices sur le souffle, sur la voix et même d’autocongratulation afin de gérer le stress. On se rassure en se disant que tout va bien se passer. Les gens en face de toi ne sont pas là pour juger, ils sont surtout là pour passer un bon moment. Et si toi tu passes un bon moment, le public passera aussi un bon moment tout naturellement. Il faut juste s’amuser et prendre plaisir.

 

« Je ne m’attendais pas à ce qu’ils acceptent autant ma différence »

 

Comment analyses-tu ta progression par rapport à cette expérience ?

Eloquentia m’a révélé. J’avais perdu confiance en moi quand je suis arrivé sur Paris. Lors de ma première audition à Eloquentia, Alexandre Henry, la prof de théâtre, m’avait dit « Tu étais nul » par rapport à ma prestation, « mais on a décidé de te prendre parce qu’on sentait qu’il y avait un potentiel ». Et j’ai donc évolué et eux m’ont vu évoluer. Même les plus timides comme moi peuvent gagner. Même au quotidien, je sens que je vais plus vers les autres. Avant, j’avais tout le temps peur qu’on me juge sur mon apparence, sur ma façon de parler et sur mes manières. Maintenant, je m’affirme plus et j’essaye d’être sincère avec le plus de monde possible. En faisant le concours à Eloquentia (Saint-Denis), je me suis dit que jamais je pourrais parler de mon homosexualité parce qu’il y a beaucoup de banlieusards dans le 93, et on sait qu’ils sont un petit peu hostiles à ce genre de sexualité. Et finalement, j’ai pu le faire et ça a été très salué même lors de la finale par Youssoupha et Grand Corps Malade [rappeurs français]. Je ne m’attendais pas à ce qu’ils acceptent autant ma différence.

 

Quelles clefs as-tu pu obtenir pour poursuivre la suite de ta carrière ?

Cette expérience m’a permis de ne plus attendre. Lors de mon arrivée à Paris, je mettais juste quelques castings sur internet… J’étais un peu attentiste et immobile. Mais en fait, il faut y aller au culot et quand on a une idée, il ne faut rien lâcher.

 

Quels ingrédients faut-il mettre pour bien construire son discours ?

Le plus gros ingrédient, c’est la sincérité. Si on ne pense pas ce qu’on dit, ce n’est pas bien car on ne peut pas incarner quelque chose sans allier la voix et la parole. Pour moi, c’est le rapporteur de l’âme et de l’individu en général. Et c’est par là que passent toutes les émotions donc si on n’est pas d’accord avec son discours, ça ne peut pas fonctionner. Il faut vivre à fond son discours pour que la voix suive les intonations.

 

A quelle place dans la société mets-tu l’importance du discours ?

Malheureusement, je pense que dans la société, on parle trop vite sans penser ce que l’on dit vraiment. Au collège et au lycée, on apprend toujours ce qu’il faut dire mais jamais comment le dire. Quand on voit les exposés où les enfants lisent juste une feuille, je me dis que la place des mots est vraiment limitée et c’est dommage. On se base trop sur l’écrit. Il faut laisser la parole aux enfants. Pour parler, on n’est pas obligé d’avoir un hyper-bon vocabulaire mais juste exprimer ses sentiments comme on le ressent.

 

Maintenant, retrouvez nos vidéos dont la première sur l’importance d’un discours. Avec Yvan Leroyer, entraineur et joueur de rugby.

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