La crise vénézuélienne vue par la presse internationale

Alors que les manifestations se multiplient et deviennent de plus en plus violentes, l’opposition libérale réclame plus que jamais le départ du président socialiste, Nicolás Maduro. Un combat mené depuis quatre ans, sur fond de pénurie alimentaire et de gestion politique calamiteuse.

Au Venezuela, l’atmosphère devient irrespirable. La semaine dernière, la tension est encore montée d’un cran. Dans la nuit du jeudi 20 au vendredi 21 avril, douze personnes ont trouvé la mort à Caracas, la capitale, dans des manifestations anti-Maduro. Certaines ont été électrocutées, d’autres tuées par balles. Depuis le 1er avril, six grands rassemblements ont eu lieu pour exiger la tenue d’élections anticipées et le respect des prérogatives du Parlement, majoritairement dominé par l’opposition au président socialiste depuis janvier 2016. En trois semaines, ces manifestations ont engendré la mort de vingt personnes. S’ajoutent à ce bilan une dizaine de blessés. Les forces de sécurité, de leur côté, ont procédé à environ 600 arrestations, selon l’ONG Foro Penal. Le 7 avril, le gouvernement prononçait quinze ans d’inéligibilité à l’encontre d’Henrique Capriles, leader de l’opposition et gouverneur de l’État de Miranda, faisant monter d’un cran supplémentaire la tension dans les rues.

82 % des foyers vivent sous le seuil de pauvreté

Pour le quotidien espagnol « El País », « les épisodes de violence se sont transformés en une arme sanglante pour les autorités et les manifestants ». Les deux camps se renvoient la balle, en illustre le récent épisode de l’évacuation d’une maternité, probablement l’Hospital Materno-Infantil Hugo Chavez, situé à El Valle, dans l’ouest de Caracas. La ministre des Affaires étrangères, Delcy Rodríguez, a parlé d’une « attaque » orchestrée, selon elle, par « des bandes armées engagées par l’opposition ». José Manuel Olivares, un député de l’opposition, a livré une autre version des faits. D’après ses dires, les enfants de l’établissement ont dû être évacués parce qu’ils étaient « très affectés par les grenades lacrymogènes que lançait la Garde nationale bolivarienne » pour disperser les manifestants.

Depuis le 1er avril, les manifestations se multiplient, notamment à Caracas.
Depuis le 1er avril, les manifestations se multiplient, notamment à Caracas. / Photo DR

La situation est tellement tendue que, selon « El Nacional », l’un des deux quotidiens vénézuéliens de référence, « le pouvoir est désormais envahi par la peur ». D’après le quotidien « The New York Times », « les manifestants sont révoltés contre ce qu’ils considèrent comme un gouvernement devenu essentiellement une dictature responsable de l’inflation, l’augmentation de la criminalité et la pénurie alimentaire ». La chute des prix du pétrole il y a trois ans, la principale ressource du pays, a lourdement impacté l’économie vénézuélienne. D’après le quotidien argentin « La Nación », « le gouvernement a du mal à trouver les dollars nécessaires pour importer des médicaments et de la nourriture », entraînant une grave crise alimentaire. Selon CNN, qui cite une étude réalisée par L’institut national de la statistique, les importations ont baissé de 50 % depuis 2014. En conséquence, 82 % des foyers vénézuéliens vivent désormais sous le seuil de pauvreté.

Des dépenses qui font débat

La gestion de Nicolás Maduro est également pointée du doigt. Hormis la dépendance de l’économie du pays au pétrole, les opposants reprochent au gouvernement la dilapidation des biens dans des secteurs jugés secondaires. La révélation d’un financement de la cérémonie d’investiture de Donald Trump à hauteur de 500 000 dollars a ainsi beaucoup fait réagir. Pour CNN, « les dépenses prioritaires de Nicolás Maduro sont remises en question, notamment du fait que le gouvernement préfère payer ses dettes au lieu d’alimenter son peuple ».

Alors que l’appauvrissement de la population et la violence des manifestations font craindre le pire, « The Guardian » affirme que « les forces de l’ordre étant toujours loyales au président socialiste, les analystes révèlent que le meilleur espoir à long terme reste l’urne ». Les prochaines élections présidentielles auront lieu fin 2018. Une échéance encore lointaine mais attendue avec tant de hâte par le peuple vénézuélien.

Pour approfondir : http://www.lemonde.fr/ameriques/video/2017/04/11/la-crise-au-venezuela-expliquee-en-quatre-minutes_5109364_3222.html

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