Le street art et les réseaux sociaux, un rapport complexe

La street culture et d’une manière plus précise, le street art, se sont toujours présentés comme des activités éphémères. L’objectif n’était pas d’avoir un impact à long terme et une longévité évidente. Non. Il était simplement de marquer les esprits et de faire réagir dans l’immédiat. Depuis l’arrivée des réseaux sociaux (Facebook et Instagram en tête), la donne évolue et la tendance est à la diffusion de travaux qui étaient jusque là presque secret. Si pour certains street-artistes, le recours à une diffusion digitale semble évidente, d’autres s’en tiennent le plus éloignés possible.

Au détour d’une ruelle, sur les murs d’un entrepôt délaissé ou dans le quartier de Guillotière, à Lyon, le street art est omniprésent. Ne pas le voir relève de l’impossible. Cet art occupe désormais le paysage contemporain, malgré sa perception d’acte illégal de vandalisme. Une forte présence qui s’est accentuée avec l’arrivée des réseaux sociaux. Aujourd’hui, les photos de tags ou autres graffitis, de danseurs de rue ont inondé la toile. Une tendance pas forcément voulue par les principaux acteurs de ce street art. Mais une tendance qui a fini par en convaincre la plupart de renforcer leur identité à travers un compte Twitter, Facebook ou Instagram voire Tumblr.

L’essence de l’art de rue remise en cause

A l’origine même, le street art a une durée de vie plutôt courte. Lorsque l’artiste peint sur un mur, il ne s’attend pas à retrouver son oeuvre intacte plusieurs semaines après. Le temps et la météo seront passés par là, remplissant leur rôle comme il se doit. Avec les réseaux sociaux, cet aspect disparait, le côté éphémère n’est plus le caractère principal de cet art particulier. La photo, la diffusion sur le web permettent l’avènement de la pérennité du travail. Certains artistes ont choisi d’utiliser les réseaux sociaux pour cette raison.

« Mettre mon travail sur facebook a tout simplement été un moyen de montrer mon travail autrement, de contrecarrer son caractère éphémère par  une diffusion plus pérenne ».
– Béa Pyl sur le site Veille Digitale

La réticence reste néanmoins de mise pour certains artistes de rue. L’adrénaline d’oeuvrer dans l’illégalité reste plus importante que la diffusion de son travail. Les collectifs Khlore, Bembou ou encore Teily font partie de ces quelques irréductibles. Pourquoi ce qualificatif ? Car il est évident qu’il ne reste qu’une minorité à ne pas avoir passé le cap de l’identité digitale. Le côté underground, un peu clandestin où le caractère contestataire du tag garde toute son importance est un peu la ligne de conduite de ces collectifs, comme Teily. Sur internet, l’oeuvre garde un aspect neuf, rien ne se perd ou se transforme. Ce qui est un peu contradictoire avec l’ephémerité des oeuvres de rue, qui gardent leur puissance contestataire et ont un impact plus fort.

L’anonymat voit ses limites moins précises

Cette notion est également fondamentale. Mettre les mains dans les réseaux sociaux, c’est dévoiler un peu plus son identité. Sur le web, l’anonymat n’existe pratiquement pas. Or c’est aussi un des éléments originels du street-art. Les artistes oeuvraient principalement en se cachant, en utilisant des « noms de scène », le visage caché derrière des écharpes, le bonnet vissé sur la tête. Les peines encourues pour la peinture sur les murs ont été le facteur principal de cet anonymat. De nombreux artistes travaillent encore de cette façon, qu’ils jugent la plus proche de ce que représente le street art. Don Mateo (que l’on a interviewé) ne souhaite pas montrer son visage, préservant le mystère autour de son identité.

Le secret et la discrétion sont aussi cruciaux dans le milieu de l’Urbex. De part son caractère généralement illégale, cette activité requiert donc une certaine prudence. Si beaucoup d’explorateurs se trouvent sur les réseaux sociaux, ils font attention à leur publication.

« Je ne donne jamais les lieux où je prends mes photos. Je reçois beaucoup de messages privés où on me demande des spots mais je les donne seulement aux personnes intéressées par la discipline et la photographie ».
– Maxime, alias Siirvgve

La frontière est donc de plus en plus fine. Si la discrétion reste souvent de mise, la protection de l’anonymat semble de moins en moins entrer en compte pour une majorité d’artistes du street-art. Certains gardent malgré tout en tête l’essence même de cet art : clandestinité, adrénaline et éloignement le plus possible de la toile. Et vous, pensez vous que le street-artiste devrait rester anonyme ?

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