L’Équipe Explore de plus en plus

Inaugurée en avril 2013, la nouvelle formule du quotidien sportif L’Équipe a provoqué un mini séisme chez les médias français. Simplement intitulée L’Équipe Explore, ce nouveau mode de lecture en ligne propose beaucoup plus aux internautes. Focus.

Alors que l’information sportive se normalise et que tous les médias se ressemblent de plus en plus, L’Équipe a décidé, il y a 2 ans déjà, de changer la donne. Changer la place du lecteur, le rendre presque « acteur ». L’Équipe Explore s’inspire pleinement de la tendance du journalisme dit « immersif ». Le mode de consommation change, l’internaute fait dérouler l’écran, les vidéos se lancent, les photos défilent et le son se met en marche. Tout est fait pour que l’ambiance soit au rendez-vous. À l’heure où l’infobésité inonde nos fils d’actualité, L’Équipe Explore démontre que le concept du Grand Reportage n’est pas mort.

Avec 200 000 lecteurs du premier long-format et entre 400 et 500 000 pour les seconds, les numéros de L’Équipe Explore font mouche. En moyenne, 340 000 visiteurs par mois lisent les articles de l’Equipe Explore. Un très bon score de nos jours.

 

Une impression de déjà-vu ?

Les fans francophones de sport n’ont pas été les premiers à découvrir le journalisme immersif. En effet, c’est aux Etats-Unis que cette nouvelle (plus vraiment nouvelle en fait) tendance est née. C’est le magazine sportif ESPN, en 2012, qui en a démocratisé les codes avec un long format sur Dock Ellis, célèbre joueur de baseball. Toutes les bases du journalisme immersif en ligne sont alors posées. Le New-York Times sort ensuite le fameux « Snow Fall », où l’on peut suivre le récit d’un crew de skieurs qui ont subi une avalanche. Et ainsi de suite.

En France, L’Équipe touche son grand public la première fois en avril 2013 avec un article sur l’alpiniste Carlos Soria, figure de proue des grimpeurs. Chez les journalistes sportifs, on utilise de nouveaux outils jusque-là pas employés à ces fins : Google Earth, une direction artistique extrêmement poussée, ou encore des infographies à l’époque novatrices.

 

Un nouveau mode de lecture et d’écriture

Les longs formats de L’Équipe Explore, comme ceux du journalisme immersif d’une manière plus générale, se lisent en plus d’une heure. Ce « slow journalism » propose des chapitres, à partir desquels on peut naviguer comme on le souhaite et sauter des paragraphes comme bon nous semble.

À l’époque en conférence à Science-Po Paris, Jérôme Cazadieu, responsable du service, indiquait qu’un reportage de ce style coûtait au journal « de 500 à 5 000 euros ». Des coûts de productions faibles par rapport aux grands reportages, ce qui permet de garder ce service gratuit et donc forcément attractif. Le style d’écriture, plus proche du « Gonzo » que du journalisme traditionnel, pointe une cible assez jeune, tendance et au courant des nouvelles technologies, car le journalisme immersif en est une.

« 40 000 à 50 000 signes », c’est ce que précisait Jérôme Cazadieu sur la longueur des articles. Ça c’est pour la partie écrite. L’Équipe Explore a désormais développé des longs formats vidéo. Des longs formats exclusivement basés sur l’écoute seraient aussi en cours de développement.

Thomas Eydoux