L’interview d’un journaliste sportif

Les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook ont favorisé les rapports entre Sportifs de haut niveau et leurs supporters. Des outils connectés qui sont aussi une aide pour les journalistes sportifs permettant de les suivre au plus près. C’est le cas de Timothée Maymon, journaliste à Activ Radio et également commentateur de match de l’ASSE qui nous livre son avis sur ce nouveau mode de travail.

Tu as vu l’évolution de twitter ces dernières années, surtout dans les réactions sportives. Qu’est-ce que ça change dans ton travail ? 

T.M : Ce que cela change pour moi, c’est que, suivre (au sens des réseaux sociaux) est devenu une obligation. Dans mon cas je suis abonné aux comptes de chaque joueur de l’ASSE, mais aussi le compte officiel de l’ASSE. Pour être franc on ne sort que peu d’informations réellement exploitables de ces comptes, mais ils permettent de suivre un peu la vie de ces personnes. Etant commentateur de match il est toujours bon d’avoir quelques anecdotes, de savoir quelques petites choses sur la vie des uns et des autres pour agrémenter les commentaires.

En période de transfert, les réseaux sociaux sont extrêmement importants, les joueurs s’épanchent un peu plus, ils donnent parfois plus d’infos que les clubs. C’est finalement un fil d’actu de plus à l’exception que c’est un fil d’actu moins fiable et qu’il faut le prendre avec beaucoup plus de parcimonie et de recul.

Comment se passe ta relation avec les supporters qui te suivent sur Facebook ou twitter ? 

Etant sur une radio locale le sentiment de proximité était déjà fort avant les réseaux sociaux, mais ces outils le renforcent. Et globalement la relation est excellente, les gens réagissent à mes commentaires de façon très positive. Le sentiment d’appartenance à un club est très partagé, il y a des messages de soutien quand l’équipe perd car ils le sentent dans ma voix et des messages de partage de joie les jours de victoire. Certains me demandent mon analyse de telle ou telle situation. C’est toujours extrêmement bienveillant.

Tu penses que twitter change quelque chose à la relation entre supporters et sportifs ?

Ca lie un peu plus les sportifs à leurs supporters mais les réseaux sociaux accompagnent un phénomène beaucoup plus large qui a débuté au milieu des années 90 et qui est devenu monnaie courante aujourd’hui. Beaucoup de supporters supportent un joueur avant de supporter une équipe. Il y a par exemple les fans de Cristiano Ronaldo pour prendre un exemple parlant, ils sont fans du joueur et donc supportent le réal. Mais si Ronaldo part à Milan ils deviendront supporter du Milan AC. Avant on supportait une équipe, une entité et on avait éventuellement son favori dans l’équipe. Aujourd’hui beaucoup de jeunes supportent une personnalité et suivent la progression de l’équipe dans laquelle elle évolue. Les réseaux sociaux renforcent cet individualisme au sens premier du terme. Les gens suivent un joueur, ils s’attachent à une personnalité et moins à un club. Le réal de Madrid est peut-être le plus grand club au monde et compte 17 millions d’abonnés twitter. Cristiano Ronaldo est un grand joueur il a 39 millions de followers. Ca résume mon propos.

Les sportifs sont très présents sur les réseaux sociaux. Est-ce que le fait de pouvoir les suivre au plus près casse un peu cette image de « sportif » intouchable ? 

Ils donnent l’impression de resserrer un peu les liens, ces réseaux donne la sensation au supporter d’être plus près de son idole, de son sportif préféré. Mais c’est une illusion, car certes le supporter va voir les photos postées par le joueur, l’avis du joueur sur tel ou tel sujet. Mais l’inverse n’est toujours pas vrai. Le joueur ne s’intéressera pas nécessairement à la photo de son follower. Le rapport reste à mon avis le même et la distance entre les deux personnes, identique. C’est juste transposé aux modes de communication moderne. Dans sa jeunesse Rocheteau recevait des sacs de courrier d’admirateurs et d’admiratrices, aujourd’hui ça se compte en followers, mais ça ne change rien à la distance qui existe, que les clubs et les joueurs imposent. En termes d’image pure et dure, est-ce que ça casse l’image du sportif intouchable ? Je ne pense pas non plus car les posts, les photos les vidéos restent choisies par le sportif. Il ne montre que ce qu’il veut.

 

Léa Dusson