Parcourir la ville autrement

Le hall d'entrée du fort de Loyasse

Au delà des artistes, la street culture est également représentée par des amoureux de la ville. Que ce soit pour visiter des lieux abandonnés, trouver des points de vue inédits ou pour la performance sportive, ces férus de sport ou de photo n’hésitent pas à braver les interdits pour découvrir de nouveaux endroits.

 

Le fort de Loyasse. Une grande bâtisse en pierres dorées construire vers la fin des années 1830 est l’un des lieux emblématiques de la street culture lyonnaise. Initialement créé pour protéger la ville de possibles invasions autrichiennes, ce fort a surtout servi de prison pendant la première guerre mondiale. Déclassé par la suite, il sera partiellement détruit dans le courant du XXè siècle et laissé à l’abandon. Aujourd’hui, il est en retrait de la ville et est officiellement interdit d’accès. Pourtant, nombreux sont les Lyonnais qui pratiquent l’urbex à avoir visité cet endroit.

Le prisonnier du fort de Loyasse
Le prisonnier du fort de Loyasse cherche son chemin. © Baptiste Noble-Werner

L’urbex, contraction de « urban exploration », est une discipline particulière de la street culture. Exploration urbaine en français, elle consiste à visiter des lieux créés par l’homme et laissés à l’abandon. L’urbex est généralement pratiquée par des amateurs de photographie ou d’histoire. Des personnes qui acceptent de suivre des codes et des règles très strictes. Il est par exemple interdit de récupérer le moindre objet, la moindre pierre des endroits visités. Il est normalement aussi interdit de laisser la moindre trace de son passage, hormis des traces de pas. « À la base, l’urbex est une activité qui doit rester secrète et je fais de mon mieux pour qu’elle le reste. Je ne donne jamais les lieux où je prends mes photos. Je reçois beaucoup de messages privés où on me demande des spots mais je ne les donne seulement qu’aux personnes intéressées par la discipline et la photographie » explique Maxime, alias Siirvgve, qui pratique l’urbex dans la région lyonnaise et dont vous pouvez retrouver l’interview complète ici. Il existe de nombreux endroits à explorer dans les environs de la capitale des Gaules. en plus du fort de Loyasse, l’église abandonnée de la Croix-Rousse ou la Ficelle des morts sont des passages obligatoires pour les fans d’urbex. Ce n’est cependant pas la seule discipline consacrée à l’exploration urbaine.

Sensations fortes garanties avec l’urban climbing

 

De l’exploration de lieux abandonnés à l’urban climbing, ou grimpe urbaine, il n’y a bien souvent qu’un pas. Le but est simple, grimper au sommet d’un bâtiment ou d’une structure urbaine pour s’offrir une vue imprenable. Cette pratique, bien évidemment illégale, a connu un essor sans précédent grâce à Internet. Les grimpeurs postent leurs exploits sur YouTube ou Facebook et font des milliers, voire des millions de vues, en l’espace de quelques heures. L’urban climbing n’a rien de nouveau. Certains d’entre vous se souviennent sûrement d’Alain Robert. Ce grimpeur, surnommé « The French spiderman » (Le Spiderman Français) a écumé la planète pour escalader les plus grands buildings du globe, le tout sans aucune assistance. Alain robert a fait des émules, comme Maxime, notre explorateur urbain. Il grimpe sur tout ce qu’il peut à Lyon. Maxime, ou Siirvgve, a escaladé le stade de Gerland, le Pont de la Mulatière qui longe le musée des Confluences, en passant par les multiples grues qui parsèment la ville, pour finir tout en haut de la Tour métallique de Fourvière.

Pour Maxime, le plaisir offert par la grimpe urbaine est double : « il y a à la fois la part de risque mais aussi le fait d’admirer la ville d’un point de vue que peu de gens connaissent. » Siirvgve a commencé par l’escalade et le parkour pour en arriver tout naturellement à l’urban climbing : « j’ai toujours aimé la hauteur et escalader un peu tout ce que je voyais. J’ai commencé à essayer de grimper en haut des structures de la ville. Je fais du parkour depuis trois ans et après quelques mois d’entrainement j’ai commencé à prendre un peu de hauteur. Depuis, j’ai toujours la tête en l’air à la recherche de nouveaux défis. » De l’aveu même de Maxime, les vidéos de On the roofs, deux jeunes Russes, et de James Kingston, l’ont poussé à faire la même chose à Lyon : « j’ai vu la vidéo des deux Russes qui ont escaladé la tour Shanghai de 650m et celles de James Kingston, ils m’ont donné envie de voir la ville d’en haut. »

Comme la plupart des grimpeurs urbains, Maxime relaye ses ascensions lyonnaises sur les réseaux sociaux : « j’adore vraiment partager ce que je fais. La photo, c’est ma grande passion, celle qui me pousse à prendre des risques. Le principal est d’avoir le cliché que j’avais en tête, peu importe les conséquences. »

Les traceurs, funambules des rues

 

Le Parkour (PK) aussi appelé art du déplacement (ADD) est une discipline urbaine créée en France dans les années 1990. Les adeptes du Parkour sont appelés les « traceurs ». Leur objectif est de se déplacer dans la ville de manière efficace, en sortant des sentiers battus. Le traceur va aller d’un point A à un point B en considérant les obstacles sans les éviter. Le Parkour mélange l’escalade, la course, les acrobaties, pour donner un art du déplacement esthétique et pragmatique. Aujourd’hui encore, le parkour reste éloigné des institutions sportives classiques et n’est pas très connu du grand public. David Belle, français de 43 ans, est aujourd’hui considéré comme le fondateur du Parkour. Il crée pendant son adolescence le groupe des « Yamakasi » (« Esprit fort » en lingala) avec six de ses amis. De plus en plus de monde s’intéresse alors à son groupe, et même le cinéma. En 2001, le film « Yamakasi » sort dans les salles et offre une visibilité nouvelle à la pratique du Parkour. Avec en rôle principal Châu Belle Dinh, la cousine de David Belle, le film est une véritable bombe culturelle qui marque le début d’une vague qui continue encore aujourd’hui son expansion.

Le Parkour s’inscrit dans la culture urbaine comme un sport de rue. À cheval entre l’art urbain et le sport urbain, il est un acteur essentiel de contre-culture urbaine. ces cultures sont apparues dans les années 1980 avec l’arrivée du hip-hop. Véritable phénomène du genre, le hip-hop rassemble musique, danse, code vestimentaires et linguistiques. Dès lors, que le hip-hop se propage, d’autres mouvement similaires lui emboîtent le pas : graffiti, photographie, sports, etc. Le Parkour est le résultat de la propagation de ces mouvements. C’est un sport de rue qui illustre le concept même de culture urbaine : adapter un élément culturel inaccessible (pour le coté financier ou des infrastructures) à des moyens rudimentaires, au milieu urbain. À Lyon, l’opéra offre des spectacles de danse à des personnes de catégories socio-professionnelles relativement hautes, et en réponse, les breakdancer se sont installés sous le préau de ce même opéra. Lyon est également une place forte dans la culture artistique liée au dessin et à la peinture avec le musée des Beaux-Arts ou celui des Confluences. C’est pourquoi, ceux qui ne peuvent s’inscrire dans un club de sport se payent une licence ou du matériel : certains sports de rue à financement accessibles sont apparus au fil des années, comme le street workout, le football et le basket de rue, le skateboard ou encore le Parkour.

Et c’est pour découvrir ce monde et les acteurs qui le composent que la rédaction de CStreet a pu assister à une séance d’entrainement de l’école de Parkour de Lyon. Un cours du soir, débutant sur les marches de l’auditorium de Lyon durant lequel nos journalistes ont pu rencontrer Thomas, l’un des élèves. Il aborde son rapport à la street culture et ce qui fait qu’il a choisi cette pratique :

Retrouvez également l’interview de Charlie, coach à l’école de Parkour de Lyon depuis maintenant deux ans :

Et vous, comment préférez-vous explorer votre ville ? N’hésitez pas à donner votre avis dans les commentaires.

Article co-écrit par Antoine DECLÉTY (@antoinedeclety), Thomas NICOLAU (@NicolauTh), Baptiste NOBLE-WERNER (@BNobleWerner) et Yohan PONCET (@YohanPnct)

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