Référendum en Turquie : symptôme d’une démocratie malade en Europe

Le référendum initié par le président Recep Tayyip Erdoğan a obtenu une maigre victoire le 16 avril dernier. Un faible « oui » s’est fait entendre puisque les électeurs turcs ont approuvé à 51,4% le projet de réforme constitutionnelle renforçant les pouvoirs du Président de la République. Des scores défavorables ont pourtant été observés dans des grandes villes comme Ankara et Istanbul. Un vote crucial pour l’avenir du pays et dont le résultat a été vécu comme une véritable victoire pour le président Turc, qui a d’ailleurs salué « un moment historique ».

 

Manifestation de l'opposition au lendemain des résultats du référendum à Istanbul, en Turquie.
Manifestation de l’opposition au lendemain des résultats du référendum à Istanbul, en Turquie. (Bulent Kilic – AFP)

 

Des pouvoirs considérablement élargis, un autoritarisme renforcé

Ce référendum doit permettre une révision de la Constitution et conduire à l’élargissement considérable des pouvoirs du président. Certaines mesures vont pouvoir être appliquées dès la fin du mois. La réforme de la constitution devrait entrer en vigueur en 2019, au moment des prochaines élections présidentielles et législatives.

Cette réforme va conférer de nouveaux pouvoirs au président Erdoğan. Sur le plan de la justice, il pourra notamment nommer et destituer les magistrats et disposera d’un droit de veto sur les lois votées par le Parlement. Désormais le président turc pourra le dissoudre et ainsi écarter un peu plus les partis de l’opposition, déjà très affaiblis.

 

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Des partisans du président turc Erdogan célèbrent la victoire du « oui » au référendum le 16 avril 2017 à Istanbul. (AFP/OZAN KOSE)

 

Sur le plan politique, le président turc va pouvoir redevenir le seul chef de son parti, le Parti de la justice et du développement (AKP). La révision constitutionnelle devrait aussi conduire à la disparition du poste de Premier ministre. Une fois cette réforme mise en œuvre, le Président pourra briguer plusieurs mandats consécutifs, soit jusqu’en 2029 pour Erdoğan et obtenir la mainmise sur les pouvoirs législatif et judiciaire.

L’une des principales conséquences de ce référendum concerne la prolongation de l’Etat d’urgence. En vigueur depuis la tentative avortée de coup d’Etat le 15 juillet dernier, il va pouvoir être prolongé pour la troisième fois. De plus, le président turc aura la possibilité de proclamer l’Etat d’urgence dès qu’il le souhaite, notamment en cas de « soulèvement du peuple ».

 

Les résultats témoignent d’une profonde division de la société

Au lendemain des résultats du référendum, les principaux partis de l’opposition qui dénoncent les dérives autoritaires du président, ont immédiatement crié à la fraude et aux « manipulations ». Plusieurs manifestations de l’opposition ont agité les grandes villes, le soir des résultats. Les opposants fustigent notamment une mesure de dernière minute prise par le Haut-Conseil électoral considérant comme valides les bulletins ne comportant pas le tampon officiel du bureau de vote dans lequel ils ont été glissé dans l’urne. Le Parti Républicain du Peuple (CHP) a immédiatement saisi l’autorité électorale turque afin de régler le contentieux concernant les bulletins validés sans le tampon officiel et a demandé de retarder la promulgation officielle des résultats. La justice a refusé ce mardi d’examiner un recours de l’opposition exigeant l’annulation de cette mesure prise à la dernière minute, par le Haut-Conseil électoral.

A voir : vidéo « Un pays divisé en trois parties »

Cette courte victoire du « oui », la Turquie la doit à ses bastions conservateurs d’Anatolie centrale et de la mer Noire, qui ont approuvé la réforme constitutionnelle à la majorité. On constate que ce sont principalement les régions rurales qui ont voté en faveur du référendum le 16 avril dernier. A l’inverse, dans les grandes villes comme Ankara et Istanbul, c’est le « non » qui l’emporte. Les communautés turques vivant à l’étranger ont, aussi surprenant que cela soit, voté en faveur du « oui ». De quoi élargir un peu plus le fossé entre les différentes régions de Turquie et diviser la société.

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Drapeaux de la Turquie (à gauche) et de l’Union Européenne (à droite)

L’Union Européenne s’alarme

Ce référendum n’est pas pour arranger les relations entre la Turquie et l’Union européenne et a immédiatement alerté certains observateurs. Comme par exemple l’OSCE (organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) et le Conseil de l’Europe qui estiment que le vote s’est tenu en violation des normes internationales démocratiques. Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a d’ailleurs appelé les autorités turques « à mener une enquête transparente sur les soupçons d’irrégularité ». Dans le même temps, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (Apec) a ouvert ce mardi 25 avril, une procédure de suivi concernant la Turquie au motif des nombreuses « violations de l’Etat de droit et des droits de l’Homme constatées dans le pays. Cette procédure de suivi permet de soumettre la Turquie, une nouvelle fois (le pays avait déjà été soumis à cette procédure entre 1996 et 2004), à un contrôle plus étroit du respect des engagements auxquels elle a souscrit en adhérant au Conseil de l’Europe.

Par ailleurs, Recep Tayyip Erdoğan a de nouveau soulevé sa volonté d’organiser un référendum sur le rétablissement de la peine de mort. Un pas de trop qui conduirait Bruxelles à exclure officiellement toute candidature d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne.

 

 

Pauline PRIN 

@PaulinePrin1

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