Steven Universe & la théorie du genre : un couple presque parfait

STEVEN UNIVERSE & LA THÉORIE DU GENRE : UN COUPLE PRESQUE PARFAIT

Le prodige de Cartoon Network est comme qui dirait une compilation de ce qu’en quoi consiste la théorie du genre.

@CartoonNetwork. Depuis sa première diffusion, Steven Universe a rassemblé une large communauté de fans.

Steven Universe, kézako ? Il est possible que vous n’ayez jamais entendu parler de ce cartoon plutôt atypique. L’histoire est pourtant une énième réinterprétation d’une même musiquette : un jeune garçon, Steven (avouez-le, vous ne l’avez pas vu venir) se découvre des pouvoirs particuliers et un désir sur-altruiste d’aider son prochain. En binge-watchant (ndlr : regarde tous les épisodes d’une série d’affilée) on s’attend à une mielleuse combinaison de clichés. Finalement, il n’en est rien. Steven Universe est autant un cartoon pour enfants qu’un loup déguisé en agneau. Et cela commence par son interprétation audacieuse de la théorie du genre.

THÉORIE DU GENRE, ÇA SE MANGE ?

Au sens strict, la théorie du genre est une invention. Nous parlons davantage de « gender studies » : des analyses des disparités mais aussi des stéréotypes qui « gangrènent » la féminité et la masculinité. Exemples tout bête : les hommes mécanos et les femmes cuisinières, le bleu pour les garçons et le rose pour les filles. L’objectif ici est de distinguer le genre « biologique » du genre « identitaire ». En France, la théorie du genre est régulièrement au centre de nombreux débats, comme quoi elle serait une excuse « pour lobotomiser les enfants ».

Dans les contrées américaines, la situation est similaire, voire identique. L’année dernière, Morris Micklewhite and the Tangerine Dress, un livre faisant l’éloge de la transidentité, a subi les foudres de nombreux parents. « Si un bouquin pour enfants a été étrillé, comment un dessin-animé a pu survivre ? » me demanderez-vous. Réponse courte, simple et efficace : Steven Universe a brillé par sa délicatesse.

@ChristineBaldacchino. Couverture du livre pour enfant, Morris Micklewhite and the tannerie dress. Ouvrage qui a titillé les parents américains…

ENTHOUSIASTE ET REMPLI DE BONNE VOLONTÉ

 Prenons un exemple, « shall we » ? Dans l’épisode Alone Together, Steven fusionne accidentellement avec son amie, Connie (ndlr, oui, ici les gens fusionnent à la Dragon Ball). Maintenant Stevonnie, les deux bambins se livrent à une soirée de découvertes dans le corps d’un genderqueer / non-binaire. Rebecca Sugar, le grand manitou derrière Steven Universe, considère cet épisode comme une « métaphore des brusques changements qu’accompagnent la puberté ».

@CartoonNetwork. Alone Together marque la toute première apparition de Stevonnie, fusion de Steven et Connie.

Outre la transidentité, la série n’a pas eu peur de montrer des couples homosexuels de façon explicite sans se contenter de clins d’œil. Perle, l’un des personnages principaux, a des sentiments visibles pour la mère de Steven tandis que Grenat est littéralement la fusion d’un couple lesbien. Davantage dans les prémices de la théorie du genre, de nombreuses figures féminines substituent des rôles attribués à des hommes. Jasper, par exemple, prend de contrepied le « machisme » que l’on peut retrouver dans l’armée. Les exemples sont nombreux et non pas minoritaires. Screeners, un webzine centré sur la série TV, a décrit Steven Universe comme un « message d’Amour qui bouleverse les conventions du genre ».

CONTESTÉ PAR LA NORME

Hallelujah ! Le courant est passé aux Etats-Unis… et un peu moins dans le reste du globe. Rien qu’au Kenya, Steven Universe a été prohibé pour ses thèmes promouvant la cause LGBT. Excepté ce cas, le cartoon a été censuré dans une vingtaine de pays. En 2015, l’épisode We need to talk a été « altéré » par la télé britannique. En effet, un extrait complet d’une dance intime entre deux femmes a été supprimé sous le motif d’un érotisme explicite. La situation a mis le feu aux poudres. Dans un communiqué, Cartoon Network UK a précisé qu’il était « de leur devoir que les contenus mis à l’antenne soient convenables pour des enfants ».

@CartoonNetwork. Cette scène en question a été censurée dans les quatre coins du globe.

Pourtant, Steven Universe n’est pas la seule victime de la sensibilité des médias. L’épisode Just Friends de Star Vs The Forces Of Evil est considéré comme le premier cartoon à montrer une embrassade homosexuelle. L’extrait dure une demi-seconde et a suffisamment titillé les pays de l’Asie du sud-est pour ne pas diffuser l’épisode en sa totalité. À l’heure où l’Australie se prononce pour le mariage gay, la représentation LGBT, elle, peine toujours.

ARTHUR BRENAC

 

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