Théo Haggai, « artiste-caissier »

Théo Haggai n’en est pas à son coup d’essai. Ayant déjà peint une pièce entière, il s’attaque cet hiver à une rue. Il était Rue Longue à Lyon de novembre à décembre, pour exposer son travail aux yeux de tous. Optimiste voire utopique, voilà plusieurs années que Théo propose sa vision du monde à travers une esthétique chargée de coup de crayon mais simple de sens : faites l’amour, pas la guerre. Ce caissier de supermarché peint sur les tickets de caisses comme d’autres artistes peignent sur des toiles. C’est son support, son monde, sa vie. Théo Haggai nous livre dans une interview sa vision de l’art, et les objectifs de son travail. Décryptage ici.

Superposition ou la mise en lumière de la rue Longue par le biais de l’art urbain 

Les membres de cette association veulent promouvoir l’art urbain grâce à des street artistes. D’une pierre deux coup : c’est une nouvelle façon de mettre en valeur les espaces urbains isolés, laissés à l’abandon (comme des murs vierges, des escaliers, des portes de garages…) mais aussi le travail des street artistes et de démocratiser leur travail. « L’art urbain reste actuellement assez marginal et sans structure propre, c’est pourquoi “Superposition” s’engage à développer une politique d’aménagement artistique du territoire. » explique le communiquant du groupe, à nos confrères du Progrès. C’est donc un souffle de renouveau artistique qui s’empare de la capitale des Gaules. Insufflé par une volonté de démocratisation de l’art et de redynamisation des rues et ruelles de Lyon, ce souffle artistique montre que Lyon ne se cantonne pas au Musée des Confluences.

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© Anaïs Gningue

Lyon se transforme petit à petit et devient un véritable musée à ciel ouvert. La rue Longue n’en est pas le seul exemple. Le MAC de Lyon (Musée d’Art Contemporain) vient également de proposer un nouveau concept : une exposition  étendue à toute la ville, sans se cantonner aux murs du Musée. Vous pouvez retrouvez notre article sur l’exposition Wall Drawing et sur la prise de conscience d’un art solide au sein de la culture de rue, quitte à considérer le street art comme un véritable art à part entière. Des initiatives à l’image de la ville de Lyon, qui malgré ces déboires avec la culture skate, fait des efforts dans la valorisation de la culture street. Gérard Collomb a depuis le début de son mandat, en 2001, lancé de nombreuses entreprises dans le but de redynamiser la ville telle que l’exposition de Sean Hart dans les Transport en Commun Lyonnais à l’hiver 2015.

Focus sur Keith Haring, le fer de lance de Théo

« You use whatever comes along » (« On utilise tout ce qui est sous la main »), a dit Keith Haring dans une interview de Rolling Stone en 1989. Une déclaration qui pourrait sortir de la bouche de Théo. La comparaison entre les deux est vite faite.
Keith Haring, né le 4 Mai 1958, découvre à un jeune âge déjà le plaisir de dessiner. Ses deux idoles Dr. Seuss et Walt Disney l’aident à développer son talent. En 1976 Haring décide d’aller étudier à la Ivy School of Professional Art à Pittsburg, une école spécialisée dans les arts commerciaux. Très vite, il réalise qu’il a peu d’intérêt à devenir artiste commercial graphique, et abandonne ses études après deux semestres. Il continue à travailler et étudier indépendamment avant de partir à New York. C’est dans cette grande métropole que l’artiste trouve sa cible. Des gens qui ne visitent pas des musées, des gens comme vous et moi qui se promènent dans la rue en parlant de tout. C’est dans la ville de New York aussi qu’il trouve son art de vivre, et plus important encore, son style.

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© Galerie Laurent Strouk
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© Laura Levine/Corbis

Des petits bonshommes enfantins commencent à apparaître sur les murs, sur les placards d’annonces non occupés diffusant des messages sociaux clairs et simples. Entre 1980 et 1985 Haring a produit des centaines de ces dessins publics en lignes rapides rythmiques, parfois même plus de quarante en un jour dans les gares de métro. Le « subway » devenait, comme il a dit un « laboratoire » pour développer ses idées et expérimenter avec ses lignes élémentaires.

Diagnostiqué avec le SIDA, Keith Haring meurt le 16 février 1990. Durant sa vie courte et intense le travail du jeune artiste a été exposé à plus de cent exhibitions. En exprimant les concepts universels de la naissance, la mort, l’amour, le sexe et la guerre, en utilisant la primauté de la ligne et le franc-parler de ses messages, Haring était capable d’attirer un public large et de s’assurer que cette langue universelle deviendrait éternelle. Sa langue visuelle est aujourd’hui reconnue et a marqué le street-art du XX siècle.

Entre les mains de Théo

Tout comme Haring, Théo Haggai porte les mêmes messages de tolérance à travers son univers. S’il y a bien un symbole qui caractérise son travail, ce sont les mains. On les retrouve tantôt entrelacées, tantôt en forme de poing. Elles restent incolores, pour renforcer l’idée que nous ne sommes pas si différents qu’on veut nous le faire croire. Aucune couleur de peau n’est marquée dans les dessins de ce natif d’Aix-en-Provence. Ses mains monochromes tracées au pinceau noir permettent à chacun de calquer le message qu’il souhaite. Mais s’il y en a un qui met tout le monde d’accord, c’est le langage universel symbolisé par les mains qu’il multiplie à outrance. Comme une piqûre de rappel sur notre existence commune. Une existence sans frontières et qui parle à tout le monde : nous sommes humains, nous ne sommes qu’un.

La positivité de Théo Haggai est néanmoins balancée par quelques mains formant un poing. Car malgré l’utopie et la volonté de faire rêver les gens, on n’oublie pas certains combats à mener comme contre la montée du Front National en France. Ces poings levés au ciel n’appellent pas pour autant à la violence et ils paraissent moins agressifs que l’idée qu’ils représentent. Nous avons envie de les inscrire dans la lignée d’optimisme que Théo inscrit tracé par tracé. Se révolter et toujours espérer.
Face aux visages familiers souvent désemparés qu’il croise à sa caisse de supermarché, il répond en effet par des « rêveurs », des petits personnages entourés ou remplis de ces mains en profusion.
Ce pourrait être vous ou moi, ou vous et moi. Main dans la main, main contre main ou poings levés. Avec Théo, il y aura toujours de quoi aller plus haut.

rue longue theo haggai
© Anaïs Gningue
expo superposition theo haggai
© Anaïs Gningue

Yohan Poncet, Thomas Van den Bergh, Anaïs Gningue

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